Thursday, March 10, 2011

There will be blood
Après un dimanche soir beaubourg, je rejoins mon pote g qui habite rue st Denis afin que nous nous sustentions au macdo. C'est qu'il est en condition psychologique pauvre, et il me parle suicide; en effet il vient de réaliser que son emploi de cadre relativement mal payé par rapport au nombre d'heures qu'il effectue, lui promet un joyeux avenir de locataire à vie dans les seuls appartements de 20-30m² qu'il pourra s'offrir dans la capitale. Etre gay (donc souvent privé de concubinage et enferré dans un processus coûteux et constant de recherche de partenaires sexuels = alcool, vêtements, sorties) et être payé entre 2000 - 3000 euros à Paris aujourd'hui, revient à avoir un niveau de vie bien inférieur à celui d'un couple d'instituteurs en province qui aurait un lopin de terre et du temps pour cultiver quelques légumes.
Au travail on le soumet à une pression constante, par un procédé d'"évaluations" rigoureuses qui ont lieu toutes les trois semaines, des notes qui détermineront son éventuel avancement. Ce type de management stressant, humiliant et infantilisant a toutes les chances d'être pour quelque chose dans ses pensées suicidaires.

J'essaie de lui expliquer qu'il ne veut pas se suicider puisque ce faisant, ironiquement, il blesserait les deux trois seules personnes qui tiennent à lui (les autres l'ont déjà oublié). Comme l'a montré le personnel de france télécom, le suicide est un moyen politique très pauvre. La classe dominante aime particulièrement humilier et écraser les hommes, et lorsqu'ils pleurent craquent, tombent en dépression ou se suicident, elle les traite avec le plus grand des mépris de faibles, et passe aux suivants. C'est ce qu'a voulu nous dire Didier Lombard lorsqu'il a qualifié la conduite de ses employés à France Telecom de "mode". Comme le dit Pierre Hillard, il y a certaines générations qui sont nées au mauvais moment, notre génération est sacrifiée mais c'était terrible d'être jeune pendant les guerres mondiales; il aurait probablement mieux valu fumer des joints à Nanterre avec Cohn-Bendit en 1968 mais il faut essayer de s'arranger avec le pauvre destin qui nous est imparti.

En portant les burgers dans une main et alors que nous grimpions dans ses escaliers, je lui disais qu'il faut tenter de garder espoir, c'est normal de galérer dans sa jeunesse surtout dans une époque pourrie comme la nôtre où la France est revenue à l'heure de l'Ancien régime, un pays inégalitaire de rentiers, mais les choses peuvent s'arranger individuellement et même collectivement, les Français se soulever comme en 1789 lorsqu'ils ont pris la Bastille ou comme en 1871 lorsqu'ils ont brûlé le Palais des Tuileries.

Je lui parlais d'espoir, et alors deux ombres ont frémi dans un recoin des escaliers. Il y avait là un caillon et une prostituée, qui ont fait mine d'arrêter leurs activités pour nous laisser passer. La prostituée portait des bas, sur lesquels pissait du sang qui dégoulinait avec abondance de son entrejambe. Vu l'abondance de sang, il semblait peu probable qu'elle ait simplement ses règles.
Finalement, je n'étais plus sûre d'avoir vraiment faim.

2 Comments:

Anonymous Anonymous said...

Ah, c'est beau comme une loi sociale sur l'immobilier.

3:13 AM  
Anonymous Anonymous said...

voir STALKER
d'Andrei Tarkovski

Stalker, sorte de guide, accompagne un physicien et un écrivain dans la "zone", vaste no man's land ou jadis est tombe une météorite. Ce territoire contient un secret: "la chambre des désirs" exauçant les voeux de ceux qui s'y rendent.

http://www.objectif-cinema.com/analyses/200.php

3:39 PM  

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