Tuesday, October 22, 2013

Pensées aléatoires

En vieillissant on mène une lutte acharnée contre le temps qui passe trop vite. Les jeunes actifs de 25-30 ans se déclarent dans tous les sondages plus fatigués que leurs aînés. Est probablement en cause la multiplicité des pressions qu'ils suivent afin de faire de leur vie la parfaite succession de moments spectaculaires qu'ils avaient imaginé :
  • avoir un métier assez bien payé pour accéder aux loisirs; 
  • avoir une vie sociale et donc continuer à faire des soirées et à se livrer au binge-drinking; 
  • utiliser les vacances non comme des temps de repos mais comme des temps de nomadismes passionnants et de self-improvement au cours desquels on essaiera de pratiquer une langue étrangère, de pratiquer des sports nouveaux, de s'initier à des cuisines et pratiques religieuses exotiques, et enfin de parfaire ses connaissances historiques et politiques de la zone
  • conserver intact son capital séduction le plus longtemps possible en se renseignant sur la mode, en pratiquant divers sports et ce régulièrement (considérations valables pour les deux sexes à Paris) ;
  • une vie sexuelle active doit en être la nécessaire conséquence, ici l'apprentissage de techniques et la mise en place de perversions (sado-masochisme, polyamour)   seront elles aussi coûteuses en temps et en argent.
Dans ce magma infâme et épuisant d'activités, je suis ravie d'avoir laissé de côté un volet : ce que nos chers médias nomment les "réseaux sociaux". Cette saloperie de facebook consume une part importante de notre temps, très occupés que nous sommes à faire évoluer notre avatar virtuel. En effet il ne s'agit pas vraiment de nous, mais d'un Moi-facebook auquel on s'identifie, et qu'on cherche à faire évoluer comme dans un jeu vidéo : Moi-facebook doit avoir le plus d'amis possibles, gagner le plus de likes en faisant de bonnes sorties, nourrir sa page régulièrement par des photos permettant d'exhiber sa réussite sociale, économique, sa beauté (jeune fille), son "intelligence" (jeune malin). Paisiblement en train de lire un roman de Balzac, j'imagine quelle horreur serait ma vie si je perdais mon temps à lire celle des autres à la place de cette activité stimulante. 

Sunday, March 10, 2013

Comment se mariaient les Français

Je reviens rarement à Grenoble et je suis toujours étonnée de la convivialité latente entre les citadins et des discussion spontanées que l'on peut avoir avec les commerçants (c'est dire combien le climat social est agréable à Paris). Après avoir déjeuné dans un restaurant non pas moléculaire, bobo ou sophistiqué comme à la capitale; mais au thème peut être un peu kitch mais sympathique de Michel Audiard (on mange cerné d'affiches de films d'Audiard, les menus se nomment "Les barbouzes", "Le pacha"...); je me suis retrouvée dans une boutique de livres anciens où la libraire, ancienne professeur de philosophie, vendait toute une collection de livres disparus sur le folklore français.

J'ai donc acquis 4 ouvrages du principal folkloriste français Arnold Van Gennep. Sa biographie inspire tout de suite la sympathie puisqu'il a été rejeté de la sociologie française et l'adversaire scientifique du très barbant Emile Durkheim qui avait alors pignon sur rue (positiviste, partisan d'une morale laïque pour remplacer la morale religieuse, dreyfusard, membre fondateur de la Ligue pour la défense des droits de l'homme... ). La méthode de Van Gennep est rigoureuse et empirique, se repose sur des enquêtes, questionnaires et recoupements de témoignages. Il décrit la vie concrète des Français (les vrais, pas les bourgeois urbains) depuis la naissance jusqu'à leur mort; notamment tout ce qui concerne mariage.

La question du mariage est particulièrement sensible  puisqu'elle détermine la capacité de survie économique des adultes et comment seront élevés (ou non) les enfants. Nos contemporains étant atteints d'un sentimentalisme dangereux, le mariage est devenu un contrat précaire entre deux parties qui suite à "un coup de foudre" plus ou moins mystique décident de s'acoquiner de manière parfois assez hasardeuse avec un conjoint (même si des sociologues laborieux continuent à être scandalisés par l'appariement de classe qui subsiste. Pour eux il faudrait que le choix du conjoint soit totalement aléatoire pour qu'enfin soit réalisé l'idéal d'égalité libérale-totalitaire. A l'avenir et pour éviter toutes les discriminations existantes (contre les pauvres les laids, les gros et les handicapés) le conjoint de tous sera tiré au sort dans le cadre d'une émission de télé-réalité, et on filmera pour le plus grand plaisir des téléspectateurs, la joie ou la déception des futurs conjoints). Basé sur des affinités superficielles, et non sur une solidarité réelle (proximité des familles, professions, appartenance géographique), ces unions sont fragiles et ne résistent pas à la passivité de monsieur devant sa console/télé/ordinateur qui ne fait plus d'effort ou au fessier de madame devenu un peu trop bas après quelques années de mariage. Les enfants, déjà livrés plus ou moins à eux-même, aux médias et à l'éducation nationale; auront ainsi le loisir de servir d'otage pour le chantage affectif et la guerre que se livreront désormais ses divorcés parents.

Etourdis par toutes ces situations désastreuses, une question légitime nous vient à l'esprit : la situation conjugale des Français était-elle aussi catastrophique avant ? Nos ancêtres ont-ils toujours vécu un tel enfer ?
J'étais une fois tombée sur un débat télévisé de Groland* où un journaliste assez prétentieux, Eric Nazour*, sous-entendait face à une escort-girl du gouvernement (Yamina Benkiki*) que si les ressortissants de l'immigration d'Afrique du nord ont du mal à s'intégrer, c'était aussi en raison de leur endogamie, tandis que les Français avaient une tradition d'exogamie. Nazour* semblait opposer les Africains du Nord, dangereux consanguins n'acceptant de s'unir qu'avec leurs cousines, aux européens, civilisés et éclairés, privilégiant l'exogamie afin de garantir le meilleur génome possible à leur descendance. Peut-on imputer la suspicion de Nazour* envers l'endogamie au fait que de par sa confession il a été lui-même marié très jeune à une bru choisie par sa mère, fait qu'il semble aujourd'hui compenser par la fréquentation de clubs spécialisés où l'on pratique l'amour libre ?
Nazour semble également affirmer que les mariages n'ont jamais été guidés par l'amour en occident, mais toujours pour des raisons d'efficacité économique, rejoignant là une certaine critique du sentimentalisme ambiant. Pour Nazour donc :

  • Afrique du Nord = consanguinité et mariage guidé par d'obscures raisons religieuses 
  • Occident = exogamie,  rationalité économique et eugénique
Le ressentiment de Nazour* envers l'endogamie traduit peut-être une meilleure connaissance de l'Afrique du Nord que des Français, dont les propos sont totalement démentis par Arnold van Gennep :

"Les préliminaires [à l'obtention d'un mari ou d'une femme] sont, comme je l'ai dit, inorganisés, en ce que les jeunes gens et les jeunes filles se rencontrent et se courtisent selon leurs affinités naturelles. Se connaissant depuis l'enfance et l'école, ils savent exactement quels sont l'apparentement, la situation sociale, la richesse actuelle ou future de chacun. Ces affinités personnelles sont donc limitées dès avant même leur formation par des barrières traditionnelles qui sont dans les milieux ruraux et paysans aussi nettes et aussi hautes que dans les milieux petits et grands-bourgeois ou aristocratiques.
[...] En France, la tendance générale est plutôt vers l'endogamie que vers l'exogamie. La règle générale dans nos campagnes est, en effet, de se marier soit dans la parenté, soit dans la paroisse ou commune, plutôt que d'aller chercher des femmes dans d'autres communes ou au loin. La tendance est aussi de se marier dans la même profession ou occupation : entre familles de pêcheurs, ou entre commerçants de même catégorie ; entre forgerons ou entre bourreliers-selliers-charrons; entre meuniers ou vignerons...
    Ce que le Dr Perron disait des habitants de Boye, en Franche-Comté, est applicable, avec des nuances locales, à l'immense majorité des communes françaises :
 "Si un étranger vient dans le village pour y demeurer, il devient l'objet d'une suspicion bien naturelle. On l'accueille avec affabilité, mais c'est autant dans un but de curiosité que par bienveillance. C'est un étranger : on l'entend bien à son accent... Ce n'est pas un "enfant du pays". D'où sort-il, que vient-il chercher ici ? Pourquoi a-t-il quitté son lieu natal ? On ne peut savoir de lui que ce qu'il raconte... C'est pourquoi nous l'appelons un ramaget entre nous, nom qu'on donne aux bestiaux bigarrés et marqués de taches".
[...]
Il s'agit ici d'endogamie normale, de lieu et de famille, et non pas d'endogamie socialement aberrante, comme celle qui obligeait les lépreux, les cagots, les Juifs, les Tsiganes et même les bâtards à se marier entre eux. L'endogamie locale, tout comme l'endogamie professionnelle, s'explique surtout par des raisons économiques, en tant que moyen plus ou moins détourné de concentrer les richesses que les impôts et les lois de l'héritage tendraient à disperser. Cependant, cette raison ne suffirait pas à expliquer une tendance française aussi générale : il faut tenir compte surtout du fait que, la famille française étant remarquable par sa cohésion affective, constituant, comme tous les observateurs l'ont noté, une sorte de petit royaume fermé, les parents n'aiment guère à y introduire une personne de l'un ou l'autre sexe dont tous les tenants et aboutissants ne seraient pas parfaitement connus ainsi que les qualités personnelles. [...] Dans les familles françaises, on considère que, pour vivre ensemble, il faut d'abord bien se connaître; comme la vie et les travaux de la campagne exigent une certaine promiscuité continue, la précaution traditionnelle est vraiment justifiée".
Arnold van Gennep; Manuel de folklore français contemporain, 1943.

Pour conclure ce long post, notons que :

  • Contrairement à ce que disent certains tenant du "tout était pire avant", les jeunes gens disposaient d'un certain choix par affinité de leur conjoint
  • Que ce choix s'effectuait toutefois dans les limites de ce qui était favorable à la cohésion affective et à la prospérité économique du groupe, d'où une endogamie locale et une suspicion envers l'étranger (l'étranger n'étant même pas ici celui qui vient d'un autre continent, mais tout simplement celui qui vient du clocher voisin)

*Tous les personnages évoqués dans ce texte sont purement fictifs

Thursday, March 07, 2013

Pour une réhabilitation des sectes

Le dernier Michéa est assez mal écrit et sur le fond redondant avec ses ouvrages précédents. On sent toutefois chez lui l'exaspération et une volonté de rupture définitive avec le label "de gauche". On note l'agacement des journalistes sur France Culture, bobos dont l'obédience mélenchonienne pointe dans les questions "Mais n'y a t il pas à votre avis au front de gauche un espoir... ?". Le fait même que ces imbéciles militent pour un tel parti invite à la méfiance. De plus en plus en les écoutant je réalise l'inculture et la stupidité crasse du journaliste moyen.

Spécimen toujours en activité à ce jour

Le plaidoyer de Michéa pour un dépassement du clivage droite/gauche, argumenté avec des faits historiques; leur est inaccessible intellectuellement :

  • Ils sont incapables de lire un livre de philosophie entier, fusse-t-il de 200 pages interligne 1,5. Les journalistes constituent la caste qui a popularisé Twitter c'est-à-dire les textes de 120 caractères, tout texte de taille supérieure excède leurs capacités de concentration
  • De formation généraliste et par leur métier obligés de formuler un avis sur tout, ils sont capables de formuler un avis intelligent sur rien.
Mais il est naturel qu'ils se montrent hostiles à Michéa, qui par sa position populiste assumée leur crache irrémédiablement à la gueule. Même s'ils ne comprennent pas ce qu'il écrit, ils sentent confusément que leur groupe est attaqué et moqué.

Autre manifestation de stupidité journalistique : les critiques du dernier film de P.T. Anderson, The Master, dans Télérama :


"Attention, monument... Il y aurait donc, d'une part, le cinéma américain de série (en gros, des effets spéciaux et de la 3D), destiné aux enfants. Et puis, de l'autre, l'Art, avec un grand A, s'il vous plaît. Paul Thomas Anderson (comme son compère Terrence Malick) endosse définitivement la figure de l'artiste. Ses films sont des sommes, fabriquées pour les festivals et les oscars, dont l'ambition esthétique tient lieu de sujet : on s'étonne, ici, que chaque image ne soit pas signée à la main, en bas à droite, par le réalisateur lui-même. [...] Que nous suggère Paul Thomas Anderson d'inédit dans l'étrange séduction liant disciple et maître ? Et s'il s'agit vraiment des balbutiements de la scient ologie (auquel cas le cinéaste paraît bien indulgent avec le fondateur d'une secte pas franchement philanthropique), pourquoi ne pas la nommer ?"


 Le journaliste commence par se méprendre en confondant Anderson avec un chercheur d'oscar, là où il est bien évident que le cinéma servant aujourd'hui principalement à la propagande politique, un réalisateur opportuniste se tournerait vers des thèmes plus consensuels ou utiles au soft power américain : fin de l'esclavage aux Etats-Unis, traque d'Oussama Ben Laden, révolution iranienne...
De plus il semble difficile de se fier aujourd'hui aux critiques qui, toujours à cause de ce problème de capacité de concentration, ne sont plus capables d'apprécier un film réalisé avec goût (il leur faut du Skyfall ou du Dark Knight, bien lourd et pédago, pour qu'ils puissent suivre entre deux tweets sur iphone 4).
Autre critique intéressante de l'idiot qui me semble révélatrice : il reproche au réalisateur de ne pas avoir fait assez dans le manichéen à propos de la secte représentée qui ressemble fort à la scie ntologie. L'absence de manichééisme frontal ne doit en effet pas faciliter la compréhension du film pour un esprit laborieux.

Cette remarque m'interpelle d'ailleurs sur le traitement général (ou diabolisation) qui est fait des sectes dans les médias. Elles sont présentées soit comme extrêmement dangereuses (scientologie), soit comme extrêmement risibles (Raël). Les sectes seraient des groupes où les adeptes seraient absolument perdants, consacreraient argent et énergie en totale perte, mais seraient tenus grâce à des techniques sophistiquées de suggestion et de lavage de cerveau. Cette approche est totalement naïve : on peut supposer que les adhérents aux sectes y reçoivent tout ce que le système technico-industriel de masse ne leur offre pas : une communauté, du lien social fort, du sens existentiel, des techniques de développement personnel, voire chez les raëliens, des rapports sexuels fréquents et nombreux avec des personnes différentes.C'est toute la finesse de ce film que de montrer l'élaboration par tâtonnements d'une psychothérapie par la secte naissante. De fait, les entreprises ont parfois recours à des organismes de formation du personnel qui dérivent de la scien tologie, croit-on que les entreprises le feraient si ses techniques étaient totalement inefficaces ?
La détestation que manifestent les médias à l'encontre des sectes trouve probablement son explication du fait que les sectes forment des systèmes concurrents au système libéral-totalitaire standard. Voilà des gens qui se méfient des médias (puisque généralement leur gourou se charge de construire une paranoia vis à vis des influences extérieures), qui dépensent leur argent dans un circuit relativement fermé et défendent un système de valeur concurrent à la religion du NOM.

Pour finir on ne peut que conseiller au critique de Télérama d'aller voir Spring Breakers : des lycéennes en bikinis colorés, du cul, de la drogue, des flingues et de la violence gratuite; le tout avec la caution ciné indépendant puisqu'il s'agit d'un film d'Harmony Korine : voilà de quoi séduire l'animal borné et simple qu'est le journaliste de Télérama, avide de stimulations et d'excitations visuelles fortes.



Wednesday, November 07, 2012

LE CAPITALISME N'A PLUS BESOIN DU COUPLE 

Je poursuis ma lecture des essais et lettres de George Orwell, qui achève de me persuader qu'il était le plus excellent des hommes du 20e siècle, ayant perçu dans toutes ses subtilités les conséquences potentielles et raffinements du système capitaliste-technologique actuel.

George rechaussant son fils adoptif, cigarette à la bouche

En effet, Orwell me semblait avoir tout perçu dans 1984 : la baisse terrible du niveau de vie, l'alcool frelaté et les produits alimentaires trafiqués, le cinéma de masse débilitant  sans saveur et en 3D, les télécrans; et surtout police terrible de la pensée qui réprime violemment toute pensée "hétérodoxe". Mais l'approche hédoniste d'Huxley me paraissait plus pertinente pour décrire la société actuelle, notamment sur l'usage des drogues et la surabondance de l'offre sexuelle dans la vie d'un individu.
La description austère des rapports hommes femmes, devenus dans 1984 simples cohabitation à but économique sans sexe ni affection, colocation dont le seul objectif est l'entretien d'enfants qui ne leur appartient plus; me semblait peu fidèle jusqu'à ce que je vis cet excellent documentaire sur la "misère affective et sexuelle des japonais".
Pour des raisons culturelles (peuple de guerriers et de samouraï émasculés par le capitalisme contraints à devenir un pays de geeks à lunettes concepteurs de jeux vidéos), les japonais ont pris une avance considérable sur la décomposition des rapports hommes-femmes. Voilà des mâles japonais qui ont la flemme d'aller quérir la femelle, fatigués par avance d'avoir à les faire jouir. Habitués au tout tout de suite, au moindre effort et au porno sur mesure, fantasmes les plus sadiques et pervers à la clé, les voilà incapables de saillir une vraie femelle. La poupée est préférée à la femme : elle offre bien moins de résistance et de menaces pour l'égo, et ne demande qu'un menu investissement à l'achat. Le témoignage le plus glaçant est celui du garçon de 25 ans à la fin, nommé "herbivore" parce qu'il refuse la consommation sexuelle, et la limite à de rares épisodes de masturbations. Il rationalise tout à fait son refus du couple : trop cher, inutile dans un contexte où chacun s'assume financièrement, et pourquoi faire des enfants sur une terre surpeuplée. De plus il souligne que souvent la femme n'est qu'une affaire d'ego comme peut l'être la conduite d'une belle voiture hors de prix. Exactement le genre de rationalisations creuses et cyniques que j'ai pu faire par le passé, dans des périodes d'immaturité ! Plus tard il avoue se livrer à des séances de Karaoké tout seul : seul il peut chanter autant qu'il veut, la chanson qu'il veut, sans être jugé...

Il semble que la fréquentation d'autrui devienne si problématique pour la génération de sociopathes individualistes qu'engendre le libéral-capitalisme, que le modèle de l'individu de demain est un homme seul, dont la vie sociale se résume à la fréquentations de divers écrans (du smartphone à l'ordinateur à la tablette tactile). Sa sociabilité se résume à l'accumulation d'objets informatiques. Nous geeks, on avait vu avec l'avènement de Facebook et Twitter, des gens tout à fait normaux se geekiser et rallonger leur temps de veille sur écran. Encore une fois les geeks sont précurseurs dans leur vie sexuelle et affective : porno à outrance, masturbateurs, fantasmes pervers irréalisés, prostituées, et divers supports informatiques, voilà la vie affective de l'homme de demain. Le capitalisme est fatigué de la famille, lieu où l'on pouvait encore communiquer sans médiations technologiques (donc sans surveillance) et monétaires. Demain, chaque coït, chaque caresse sur l'épaule sera monnayée.

Dans ses essais, Orwell prévoit également la mort de la littérature pour cause de terreur idéologique. D'après Orwell, la littérature ne peut supporter la censure sur un trop grand nombre de sujets, sans couper tout début d'inspiration. Il prévoit donc que la littérature sera remplacée par le cinéma et la radio, et que subsistera à la marge une littérature synthétique et stupide de masse (Marc Lévy, Guillaume Russo), qui à la limite pourrait être générée par des machines. A mon niveau de blogueur, j'ai moi même remarqué mon incapacité à bloguer ces derniers mois, car un trop grand nombres de sujets me sont formellement interdits.
Tout ceci explique probablement la vitalité de certains forums de la réacosphère : ces forums pourront être considérés au regard de la loi comme exceptionnellement fascistes et racistes. Cependant, dès le périphérique parisien dépassé, on entend plus souvent dans la bouche des français ce genre de discours que le langage policé des animateurs de canal +. Sous pseudo, des français représentatifs expriment collectivement leurs réelles pensées : une forme de retour à l'écrit collectif doté d'une certaine qualité littéraire.

Saturday, April 28, 2012

Ode à Christian V.

- Il m'a servi un grand verre de GHB dans du coca-cola, et j'étais à jeun. Je ne voulais pas que mon ventre soit gonflé, je suis complexé parce que lui, il fait 1h30 de sport par jour après le boulot, et il est très bien foutu
- 1h30 par jour ? Je ne trouverais pas le temps
- Ces gens là achètent le temps. Ils ont une femme de ménage, ils mangent tout le temps au restaurant et finissent leur boulot tous les jours à 18h (il travaille dans une grande banque d'affaire privée). Ca m'a pas fait trop d'effet, le Ghb en fait est assez comparable à l'alcool, mais rapidement je me suis senti mal et j'ai du aller vomir. Il m'a alors entrainé dans son grand appartement jusqu'à des toilettes, où il m'a regardé vomir en continuant à tchater sur grinder* avec d'autres mecs sur son iphone
- Abusé, il a probablement fait exprès de te manquer de respect, ça a du le saouler que tu sois pas opé pour le sexe
- Oui, d'ailleurs après ça rapidement il a essayé de m'enculer mais j'avais toujours envie de vomir. J'ai essayé de le mettre mais son lavement devait plus faire effet et ça a commencé à puer, j'avais encore plus la gerbe. Après ça, il m'a carrément fait la gueule.
- Ca ne t'ennuie pas cet ascendant qu'il a sur toi ? Je veux dire lui il a tout. De l'argent, un petit ami, un gros réseau, un apparte immense dans le marais, du cul à volonté... Il sait que c'est lui qui a le pouvoir du haut de sa position de sociale, et qu'il peut te manipuler toi le provincial qui essaie de monter, pour t'enculer. Finalement t'es un jouet, et quand tu es cassé, il s'énerve...
- Oui, néanmoins il me fascine même si inconsciemment je sais que c'est son style de vie et pas lui qui me fait rêver. Mais il est pervers … à un moment donné il a ouvert sa table de chevet et j'y ai vu des gants blancs … pour le fist !
- C'est au top 1 de ce qu'on a pas envie de trouver dans la table de chevet de son amant.
- Je devrais me barrer mais j'espère aussi qu'il puisse me pistonner pour le taf. Tu me mépriserais ?
- Non. Il n'y a évidemment pas d'autres moyens de s'en sortir. Plus je passe du temps à Paris plus la carrière de Rachida Dat i me semble auréolée par les atours de la sagesse. On me pose parfois la question « Il n'y a personne que tu peux sucer à l'université ? ». Le problème c'est que quand on fait la pute il faut pouvoir joindre l'utile à l'agréable, et savourer au moins un petit plaisir pervers à sa dépravation, ce qui n'est pas possible dans mon cas puisque je ne me vois pas faire commerce avec ces vieux croutons bedonnants et lourdauds qui à force de mensonges carriéristes en viennent à être moins cultivés que moi.
*grinder est une appli sur iphone qui permet par géolocalisation de trouver d'autres gays dans le quartier et de tchater avec eux






A Paris l'enfer de l'ambition est pavé de mauvaises intentions et de calculs douteux. Une fois j'avais parlé à un vieux gigolo dans un bar qui avait réussi à s'assurer des rentes dans sa jeunesse en enchaînant quelques maitresses bien nées. Il était un peu bel homme, et avait une certaine maitrise de la langue qui lui avait valu les faveurs de ces dames. Comme toute vieille pute jalouse de la vertu des jeunes femmes, il me conseillait de faire de même et de ne pas m'enferrer dans de faux scrupules qui me mèneraient à ma perte. « J'ai deux soeurs, l'une d'elle une pute et l'autre une romantique qui a souffert toute sa vie. Elle a tenté de réussir dans la poésie, mais n'a jamais rencontré le moindre succès, ni avec les vers, ni avec les hommes. »

En vieillissant, dans le monde du libéralisme économique et culturel, on finit par adhérer au darwinisme le plus étroit. La vie semble une grande compétition où tous les coups sont permis. L'âme sensible ressent une tension entre quitter le monde et rentrer dans la compétition. Mes colocataires garçons affichent pour objectif principal de vie de nourrir bibite. Alors c'est ça la vie, l'hédonisme le plus fallot ? Et en tant que femme, trouver un homme pour lui extorquer une descendance et du pognon ?

J'avais rencontré un type qui montrait quelques vélléités en ce sens. Comme au début de toute passion sexuelle, mon esprit féminin, impressionné par le Phallus, devient panthéiste. Je déraisonnais et rêvais de m'extirper de toute cette laideur. Tous ces gens et ces intrigues n'existeraient plus. Le monde serait moins compliqué et confus. Il y aurait lui, moi et la nature.

Friday, February 17, 2012

Temps troublés. Il est de moins en moins safe pour les gens comme moi de tenir des blogs.

Monday, May 16, 2011

OUF – Un des plus beaux jours de ma vie – post rapide de joie

Je suis étonnée que l'affaire DSK ait une telle capacité à ragaillardir mon humeur. Quelque part il y a le sentiment qu'il existe une justice, celle qui est si régulièrement bafouée par d'indignes manœuvres sur le sol français – une justice pour le peuple et une autre pour l'élite, voire notamment l'affaire baudis qui avait même eu droit à un téléfilm sur le service public, qui disculpait les accusés.

Sur ce blog, on est assez friand des histoires de mœurs dégénérées de l'élite, [parce que je suis moi même assez dégénérée]; puisqu'il y a une stricte homologie entre la domination sexuelle, la domination économique et le pouvoir (voir Dick Cheney, qui regarde avec sa femme des vidéos d'arabes en train de se faire sodomiser par les soldats qu'il a lui-même envoyé en Irak).
C'est la raison pour laquelle il est si déplorable qu'en France on considère le libertinage violent et immoral des élites (illustrée dans toute sa quintessence par Sade) comme une tradition nationale aussi sympathique que le camembert. Car lorsqu'on arrive pas à attraper ces tristes individus sur le terrain de la politique, on peut toujours essayer de les coffrer sur le terrain des moeurs, qu'ils ont toujours de dévoyées. Ainsi si DSK a sodomisé les Grecs sans retenue via le FMI, on a fini par le choper lorsqu'il s'est attaqué à la bonne.
Les anglo-saxons ont définitivement montré leur supériorité sur les Français avec cet épisode, puisqu'ils n'hésitent pas, malgré son pouvoir et ses réseaux, à attaquer la serpillère libidineuse qui était censée faire office de président par chez nous. Vulgaire, grotesque, étonnamment stupide sur le plan de la compréhension économique, mais agréé par l'intelligentsia libérale mondiale, il avait toutes ses chances d'accéder à la présidence dans ce pays qui trouve toujours façons de conjuguer aristocratie et égalitarisme. La devise de la France est : tous les pauvres sont égaux entre eux. Les riches eux, paient moins d'impôts et sont soumis à un droit plus souple, qui leur autorise la pédophilie, le viol, la cocaïne etc.
(Au passage cette histoire valide ma théorie selon laquelle les bourgeoises sont plus soumises que les femmes du peuple, i.e. Anne sinclair qui accepte toutes les humiliations sans ciller, soumission qui est probablement extorquée par des heures de sodomie (100% de mes copines bourgeoises pratiquent la sodomie) et par le fait que leur rôle décoratif dans le couple a plus de poids (une femme du peuple, on lui demande de gérer un ménage et d'élever des enfants, pas de faire belle figure dans un dîner d'affaire). C'est pourquoi (prégnance du rôle décoratif) dans le 16e, dès que sortent les premiers rayons de soleil, les vieilles bourgeoises sortent avec fierté leur botox et leur silicone, et leur visage ainsi figé. L'autre jour je contemplais, non sans un sourire moqueur, une vieille devant moi dans une file d'attente qui peinait à respirer de son petit nez refait.)
(je n'ai jamais autant de fois utilisé le mot sodomie dans un post)
(L'adresse définitive de mon blog est http://guenilleh.blogspot.com, j'abandonne free même si je ne parviens pas à customiser du tout le layout sur blogspot sodomie.)

Tuesday, April 19, 2011

Moi moi moi moi Moi moi moi moi MOI MOI
JE suis assez satisfaite d'avoir arrêté les narcotiques pour passer mes concours puisqu'ils me plongeaient dans un narcissisme dégénéré; en effet si les drogués sont tous uniformément des connards c'est parce que, et surtout en période de descente, ils ne font que penser à eux et se lamenter sur leur propre sort - ambiance auto psychanalyse cheap à la ally mac beal : je suis qu'une merde parce que j'ai trop souffert pendant mon enfance et puis mes parents ils étaient pas gentils, je pourrais jamais faire qqch de ma vie bla bla bla; le drogué s'installe confortablement dans la nostalgie, l'apitoiement sur son propre sort et les sensibleries, son esprit est un constant A la recherche du temps perdu, mais sans le talent littéraire et avec plus de longueurs .
En plus les narco-dépendants plus que tout autre CSP fréquentent les autres à des fins intéressées : trouver des produits ou des excuses pour la débauche; ce qui donne lieu à des situations équivoques, parce que des fois au bout d'un certain temps on ne sait plus où en est : "Ecoute L., il faut qu'on parle, est-ce qu'on est vraiment des amis ou juste des potes de drogues ? Je ne peux plus supporter ce flou dans notre relation, est ce que ce serait inapproprié de se voir juste comme ça je veux dire en dehors du cadre ultra festif ?". Oui, les relations dans le cadre individualiste moderne loin de la constance rassurante de la tradition peuvent prendre un tour extrêmement compliqué.

Pendant ces dix derniers mois d'abstinence à l'égard de tous les plaisirs, je devais me transformer jusqu'à l'apparence physique : je dus porter des lunettes à cause de la fatigue, je fis de l'acné et mes cheveux devinrent plats. A la bibliothèque avec mon énorme calculatrice scientifique, je devais me rendre à l'évidence : jamais je n'avais atteint un tel niveau de geekerie. Maintenant lorsqu'un type m'aborde dans un bar, les informations qu'il me délivre me parviennent sous forme de dissertation :
- accroche : un random compliment rassurant ou flatteur
- annonce du plan : laisse moi t'offrir un verre pour faire connaissance ne t'en fais pas je ne veux pas coucher avec toi enfin pas tout de suite, lol.
- développement : I(mise en valeur) - j'aime beaucoup faire du sport - j'aime aussi beaucoup voyager c'est très intéressant de rencontrer d'autres cultures [l'idéologie dominante se répand le plus surement du monde partout et même surtout sur fond de house à 3h du matin] II - flatteries
- Conclusion : ça te dit de rentrer avec moi ?
Mais alors je me vante d'avoir atteint un stade d'humanité supérieure, et d'être délivrée de toutes les futilités humaines tels que sont les plaisirs charnels, maintenant que je ne désire plus. Je ne suis plus une machine désirante mais auto-suffisante, j'ai atteint le livre 5 de l'éthique de Spinoza, je suis libre ! [Seul défaut de la solitude : loin des contradictions avec autrui, elle rend extrêmement mégalomane.]

Bref, bien sûr je vais fermer ce blog mais avant je voudrais écrire un dernier post sur un nouveau sujet qui me tient à coeur : les femmes.
Black Swan est un énorme navet extrêmement niais comme tous les films du réalisateur, mais il a été oscarisé car il sait jouer sur les bas instincts de son public : le masochisme des femmes et la lubricité des hommes.

Alors que les hommes peuvent contempler Natalie sous tous les angles se faire mettre par des membres des deux sexes, les femmes ont le plaisir pervers de voir une cinglée se faire souffrir pour atteindre l'excellence - un fantasme qui semble partagé par la plupart. Il semble en effet qu'il y ait quelque chose dans l'éducation des filles qui en fasse généralement des êtres complexés, dans la soumission à l'autorité et la recherche constante de la perfectibilité. Les hommes sont plus surs de leurs qualités a priori ce qui peut avoir pour conséquence qu'ils travaillent moins et qu'ils sont donc parfois moins compétents. Pourtant paradoxalement, jamais les femmes n'ont autant été considérée uniquement à l'aune de leur fonction sexuelle. Berlusconi multiplie les pouffiasses, la démocratisation de l'enseignement du supérieur a eu pour conséquence la colonisation de l'espace médiatique par des journalistes potiches mignonnes (surtout sur la chaîne ""progressiste"" canal +), Ruwen Ogien ""philosophe"", se réjouit que Zahia soit devenue un modèle féminin, tandis qu'en Inde ou en Chine, pays où le marché du sexe n'est pas encore assez développé, on pratique en masse le foeticide féminin car les filles n'ont pas une valeur marchande assez rentable.
Mais la triste position des femmes aujourd'hui a ceci de rassurant qu'elle confirme l'idée qu'il y a une sorte de justice immanente sur terre, qui punie toute tentative de domination de l'homme par l'homme : alors que l'homme qui choisit une femme pour la simple et vile raison qu'il peut s'en parer fièrement dans la rue et avoir de fortes émotions esthétiques lors de ses ébats amoureux, il constate assez rapidement que ce beau visage et ce beau cul peuvent se révéler extrêmement lassants lorsqu'ils sont dénués de substance. Ainsi de nouveau incomplet, il souffre et doit repartir à la recherche de nouvelles proies, n'atteignant jamais la sérénité de l'homme adulte (idéal-type de cet homme infantile incomplet et souffrant : sarkozy).
De même, indiens et chinois seront bien malheureux, quand ils constateront que contre leurs traditions, ils sont condamnés à tous devenir de fringants et frétillants homosexuels, qui ne pourront se livrer au sexe tantrique que dans le cadre peu serein de la sodomie.
La domination de l'homme par l'homme qui semble si séduisante à court terme est décevante à long terme, et si la révolte des riches qui caractérise le 21e aboutit concrètement sur la disparition des pauvres, qui donc pourront ils encore dominer ?

Thursday, March 10, 2011

There will be blood
Après un dimanche soir beaubourg, je rejoins mon pote g qui habite rue st Denis afin que nous nous sustentions au macdo. C'est qu'il est en condition psychologique pauvre, et il me parle suicide; en effet il vient de réaliser que son emploi de cadre relativement mal payé par rapport au nombre d'heures qu'il effectue, lui promet un joyeux avenir de locataire à vie dans les seuls appartements de 20-30m² qu'il pourra s'offrir dans la capitale. Etre gay (donc souvent privé de concubinage et enferré dans un processus coûteux et constant de recherche de partenaires sexuels = alcool, vêtements, sorties) et être payé entre 2000 - 3000 euros à Paris aujourd'hui, revient à avoir un niveau de vie bien inférieur à celui d'un couple d'instituteurs en province qui aurait un lopin de terre et du temps pour cultiver quelques légumes.
Au travail on le soumet à une pression constante, par un procédé d'"évaluations" rigoureuses qui ont lieu toutes les trois semaines, des notes qui détermineront son éventuel avancement. Ce type de management stressant, humiliant et infantilisant a toutes les chances d'être pour quelque chose dans ses pensées suicidaires.

J'essaie de lui expliquer qu'il ne veut pas se suicider puisque ce faisant, ironiquement, il blesserait les deux trois seules personnes qui tiennent à lui (les autres l'ont déjà oublié). Comme l'a montré le personnel de france télécom, le suicide est un moyen politique très pauvre. La classe dominante aime particulièrement humilier et écraser les hommes, et lorsqu'ils pleurent craquent, tombent en dépression ou se suicident, elle les traite avec le plus grand des mépris de faibles, et passe aux suivants. C'est ce qu'a voulu nous dire Didier Lombard lorsqu'il a qualifié la conduite de ses employés à France Telecom de "mode". Comme le dit Pierre Hillard, il y a certaines générations qui sont nées au mauvais moment, notre génération est sacrifiée mais c'était terrible d'être jeune pendant les guerres mondiales; il aurait probablement mieux valu fumer des joints à Nanterre avec Cohn-Bendit en 1968 mais il faut essayer de s'arranger avec le pauvre destin qui nous est imparti.

En portant les burgers dans une main et alors que nous grimpions dans ses escaliers, je lui disais qu'il faut tenter de garder espoir, c'est normal de galérer dans sa jeunesse surtout dans une époque pourrie comme la nôtre où la France est revenue à l'heure de l'Ancien régime, un pays inégalitaire de rentiers, mais les choses peuvent s'arranger individuellement et même collectivement, les Français se soulever comme en 1789 lorsqu'ils ont pris la Bastille ou comme en 1871 lorsqu'ils ont brûlé le Palais des Tuileries.

Je lui parlais d'espoir, et alors deux ombres ont frémi dans un recoin des escaliers. Il y avait là un caillon et une prostituée, qui ont fait mine d'arrêter leurs activités pour nous laisser passer. La prostituée portait des bas, sur lesquels pissait du sang qui dégoulinait avec abondance de son entrejambe. Vu l'abondance de sang, il semblait peu probable qu'elle ait simplement ses règles.
Finalement, je n'étais plus sûre d'avoir vraiment faim.

Monday, February 28, 2011

Loppsi 2
Dans les séries américains les héros disent souvent à quelqu'un qui les a trahi « you're dead to me ». Moi j'ai plutôt décidé d'être morte aux gens et de cesser d'être un animal social. La lutte des classes ne me passionne presque plus : difficile de passer au dessus du fameux « ils sont debouts parce que nous sommes à genoux ». La plupart de mes potes de gre sont prêts à se vendre pour des broutilles, à tel point que je me demande si ce n'est pas une composante profonde du caractère français. Une copine me racontait comment des rapports charnels entretenus avec un homme lui avaient rapporté une paire de talons Jean-Charles de Castelbajac d'une valeur s'élevant à 600 euros, histoire qu'elle avait complété avec un sophisme du genre « j'aime pas travailler alors c'est un moyen de faire de l'argent ». Mais comme la prostitution prend du temps et use la force mentale et physique de l'individu, il s'agit bien d'un travail, et dans son cas il était non rémunéré puisqu'on peut considérer des talons fluos et vulgaires comme du simple tunning sexuel à la volonté du client. Un prolétaire se réjouirait il beaucoup d'être payé en outils de travail ? Donc comme en plus mes potes sont pauvres ils n'ont aucune valeur de l'argent et se vendent pour des sommes dérisoires. Je suis contre la prostitution, et encore plus contre la prostitution cheap : plus il y a de femmes sur le marché à des prix peu élevés, plus des types comme Dominique Strauss-Kahn sont incités à engendrer beaucoup d'argent et de pouvoir par des moyens malhonnêtes pour se payer un nombre de femmes sans cesse plus grand. En effet Strauss-Kahn s'ennuierait il à être directeur du FMI et puis bientôt président de la république s'il n'avait ce petit problème de dépendance sexuelle qu'on lui connaît ?
Là encore il est décevant de voir que les français vont encore voter sagement pour le type qu'on leur a mis sous le nez par teasing constant dans les médias pendant un an, de la même façon qu'ils avaient benêtement voté pour Sarkozy. On pourrait les excuser « c'est pas de leur faute, quand on travaille, on n'a pas le temps d'être au fait des grands enjeux politiques et économiques et il est facile de se faire manipuler par des spécialistes de la rhétorique ». Mais les français ont voté pour Sarkozy non sur la base de raisonnements économiques et politiques biaisés, mais par immoralité, à cause de petits calculs mesquins de collabos : sarko allait enfin être celui qui passerait les arabes au karcher, et serait aussi l'homme providentiel qui mettrait les fonctionnaires dans la précarité comme tout le monde, parce qu'il y en a marre des privilégiés qui ont encore des CDI. En temps de paix on oublie trop facilement qu'en temps de guerre, la majorité des gens seraient d'affreux collaborateurs sanguinaires. Il y a malheureusement fort à parier que le peuple soit le juste reflet de la petite élite politique médiocre qui le dirige.

Sunday, January 23, 2011

Une bonne raison pour préférer le Moyen Âge
Minuit. Quelqu'un frappe violemment sur la porte de ma chambre, j'ouvre la porte et apparaît un homme d'une cinquantaine d'année, furieux, qui agite sous mon nez un seau rempli d'eau marron et malodorante «Vous allez venir m'aider à enlever l'eau des égouts qui coule dans ma chambre oui ou NON ?! Vous avez pris une douche aujourd'hui ?? ». Je tentais d'expliquer au monsieur que je ne pouvais pas être tenue pour responsable, l'eau était coupée chez moi depuis plus d'une semaine et j'avais passé une partie non négligeable de la soirée à essayer de faire ma toilette par dessus mon évier. Les tuyauteries des chambres de bonnes de l'étage sont tellement pourries qu'à chaque fois qu'on prend une douche les égouts sortent chez lui. Comme on est sur un étage de pauvres, le syndic s'en fout et nous laisse l'eau coupée pendant 15 jours. Heureusement j'avais fait ce stage au Togo où j'avais appris à me laver avec un seau. Un autre voisin, furieux d'être réveillé si tard, vient pour lui casser la gueule. Ma voisine espagnole se met à hurler. Le copain d'une des autres voisines que le monsieur a menacé veut également lui casser la gueule. Tout le monde en veut au monsieur, et hurle.

Voilà j'étais sûre que quelque chose sur la France m'échappais que je ne comprendrais qu'à Paris. C'est en prenant tous les jours mon escalier de service pour rejoindre ma mansarde, parfois en croisant les bourgeois dans l'entrée principale qui me saluent poliment avant de rejoindre leur ascenseur, enfin me lavant avec un seau que j'ai compris : la France est restée dans la féodalité, mais une espèce de féodalité laïque. Les choses n'ont pas vraiment changé depuis le Moyen-Âge. Je prépare un concours qui me permettrais d'être vaguement anoblie, c'est à dire que si je veux au moins partiellement échapper à ma condition de serf et de roturier il faut que je sois sacrée à un moment ou à un autre; or comme dirait l'autre, pour être sacré, il faut se consacrer. On m'a dit que je devais lire 8h par jour 6 jours sur 7, que je devais recopier quotidiennement du Tocqueville à la plume une demi-heure pour avoir un style ample, et réciter un poème de Victor Hugo, sur un ton théâtral. D'un côté il est vrai que ce système de concours force les candidats à apprendre en un temps relativement court un maximum de choses, de l'autre ce système légitime les privilèges au nom d'une méritocratie largement virtuelle.
Les diplômes sont particulièrement important dans ce pays et seuls les très grands diplômes permettent d'accéder aux positions très élevées, et bien sûr seule l'élite sociale parvient à avoir ces diplômes. Ainsi peut on lire dans le très libéral rapport du CAE de 2009 :
« La France est le seul grand pays (avec, dans une moindre mesure, le Japon) où une si forte proportion des dirigeants d'entreprise provient seulement de deux établissements d'enseignement supérieur (l'Ecole polytechnique et l'ENA) aux faibles effectifs. Le tableau est encore plus édifiant quand on ne regarde que les grands corps d'Etat. La très forte surreprésentation en France des Inspecteurs des Finances dans les banques ou des « X-mines » dans l'industrie, souvent sans expérience préalable du métier ou de la gestion de grandes entreprises, signale probablement que ce marché du travail des élites d'entreprise n'est ni très ouvert, ni très concurrentiel ».

Or qui rentre à l'ENA ou à X ? Un bon élève de lycée de province, même enfant de cadre, peut espérer dans le meilleur des cas rentrer dans un petit IEP, une petite école de commerce ou d'ingénieur de province. Ceux qui rentrent dans les très grandes écoles ont généralement fait leur classe préparatoire à Henri-IV ou à Louis-le-grand, des lycées qui étaient déjà réputés … pendant l'Ancien régime.

Alors je sais ce que vous allez me dire : « Ouiii bon d'accord c'est vrai, il n'y a pas plus de mobilité sociale qu'auparavant, mais avoue tout de même qu'on vit mieux pauvre aujourd'hui, avant les gens mourraient à 40 ans, et pis je veux dire tous les ouvriers peuvent se payer une machine à laver, et puis on a internet ».
Alors c'est vrai que même si les ouvriers meurent en moyenne 8 à 10 ans plus tôt que les cadres, (et du coup cotisent pour la retraite des cadres, et non pour la leur), il y a moins de famines et on meurt un peu moins vite. Mais avant, on savait qu'on était né roturier et destiné à le rester, car ainsi était structuré l'ordre social. Aujourd'hui l'ouvrier qui vit dans un semblant de méritocratie ne peut que s'en vouloir à lui-même, et de ses échecs passé : la société lui renvoie l'idée d'un échec personnel, alors que son destin était déjà inscrit dès le départ dans les structures immuables de la société française. Alors en plus de vivre dans un monde très inégalitaire, en plus de financer la retraite des cadres et la scolarité dans le supérieur des enfants bourgeois par l'impôt; il se sent méprisé et il se méprise lui-même. A l'inconfort matériel se rajoute, bien plus terrible encore, un inconfort moral.

Friday, December 03, 2010



Le bel homme sur la photo, c'est Warren Buffet, milliardaire américain, qui il y a peu déclarait :
"Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner."

Remarque 1 : Buffet a l'air un peu moins attardé que certains idéologues français pour qui la guerre des classes, c'est so-19e siècle.
R2 : Les irlandais, fier peuple qui avait voté non au référendum européen, est en train de comprendre durement ce que cela signifie. Baisse du salaire minimum de 10%, hausse des impôts, baisse des prestations sociales et interdiction de voter aux prochaines législatives : et ce ne sont que les prémisses de la dictature bancaire qui est en train de se mettre en place partout en europe.

Avec le deuxième coup de la crise, les riches sont en train de prendre une sacré avance stratégique. Je sais et nous le savons tous, qu'ils ont déjà gagné. L'antiutopie d'une société hyper-technologique, où chacun est surveillé et prié d'être transformé en bonne main d'oeuvre docile et pas chère, tazée en cas de mécontentement, est en train de se mettre en place. Le syncrétisme diabolique entre communisme et libéralisme est arrivé. Ceux qui travaillent dans certains jobs où ils sont surveillé de façon électronique par leur patron le comprennent déjà, mais pour l'instant, ils ont encore vaguement le choix d'occuper ce type de poste.

Talleyrand disait "Agiter le peuple avant de s'en servir". L'énervement et la colère que nous déploierons lorsqu'il sera trop tard ne servira qu'à mettre en place nos prochains dictateurs. Personnellement j'ai complètement arrêté de fréquenter autrui (activités biens futiles en veille de fin du monde), je fais du taï-chi pour me préparer physiquement et psychologiquement. Il faudrait trouver un moyen pour stocker de la nourriture, et un plan de repli pour quand ce sera la guerre civile. La question qu'il faut se poser aujourd'hui c'est : quelles sont les dernières choses que j'ai envie de vivre avant que ma civilisation ne sombre définitivement dans la barbarie ?

Pendant ce temps, des pauvres développent une vision complètement délirante de la bourgeoisie, où ils peuvent être un de leur pote noir et gros filmé à la défense, et où elles peuvent gratter une décapotable sans passer par la case bukkake entre deux banquiers quinquagénaires :

Petit canard cherche meuuf pour se faire plumer
Tu sais très bien que sans tes tunes t'es qu'un raté,
ne t'en fais pas avec nous, tu vaas cracher


Alors que dans la vraie vie certains expérimentent le collectivisme :

DORCEL TV - Bukkake - Jeu en société
envoyé par MarcDorcel. - Devenez voyeur avec plus de vidéos sexy.

L'actrice est faiblement rémunérée car selon le sympathique Pascal “elles ont toutes besoin de payer le loyer à la fin du mois ou alors c’est des petites salopes qui ont envie de se faire baiser“.

Saturday, October 16, 2010

Soft prostitution

J'avais renversé l'ordre des causalités : je pensais qu'en arrêtant de me droguer, en ne mangeant que des légumes frais et en arrêtant de fréquenter l'alcool frelaté des bars, mes capacités cognitives se décupleraient et mon sentiment dépressif s'évanouirait pour laisser place à un esprit serein et sage, maitre de lui-même et délivré des passions. Or la première mauvaise nouvelle quand on essaie d'être sain c'est qu'on se souvient que ce n'est pas parce qu'on se drogue qu'on est malheureux, mais parce qu'on est malheureux qu'on se drogue.
La deuxième mauvaise nouvelle c'est que le mode de sociabilité se transforme des nuits enfumés vers les civilisés diners bourgeois en soir de semaine.

J'étais cette fois conviée par mes anciens camarades de lycée : Claire, qui est cadre chez o range en tant que chef de projet de la propagande interne de la boîte, son mec ingénieur, Thomas, qui est reporter pour des jt de france télévision et Camille, assistante ingé son pour une série télé française.

Thomas était très dépité car il devait faire un reportage sur des ouvriers le lendemain, ce qui nécessitait qu'il se lève comme eux, à 4h du matin. Comme je ne manque jamais de cracher dans la soupe qu'on me tend, je cuisinais Thomas sur son destin de journaliste, ce qu'il pensait de Pierre Carles, pourquoi les sujets de france télévision du jt sont aussi vulgaires et leur traitement d'une telle médiocrité.
Il a eu une réponse très intéressante : ce n'est pas lui et son équipe qui ne voudraient pas faire de bons sujets, mais les gros cons de français, qui exercent une pression à la médiocrité par la contrainte des objectifs d'audimat. Lui-même se comporte comme étant en quelque sorte un intellectuel, quelqu'un de l'élite : même si il ne sont vraiment spécialisés dans aucun domaine scientifique en ESJ, et que je doute qu'il ait jamais lu de livres sérieux au delà du bachotage de manuels en prépa.
Je lui ai ré-expliqué toutes les galères de Pierres Carles, ces histoires de connivences entre les médias et le pouvoir, comment sa corporation formait une classe de jeunes cadres dynamiques bien pensants à la solde du grand capital à l'image de David Pujada s. Il me répondit dans un premier temps, qu'il était d'accord avec moi, mais que ce que je racontais était cliché, puisque Chomsky l'avait déjà dit il y a 30 ans. C'est pas très sympa pour Pierre Carles de se voir comparer à Chomsky, cependant je suppose que c'est la seule référence critique autorisée dans sa caste. Claire, qui avait fait un stage chez Capita l en tant que "scénariste" des reportages, abondait dans mon sens : c'est que le milieu du journalisme dans lequel elle rêvait de percer l'a laissée de coté et elle a du devenir cadre dans la boite de ses parents, ce qui est beaucoup moins sexy. Cet échec lui donne de bonnes dispositions à critiquer la profession, critique étayée par son stage : nombreux sont les sujets tournés qu'ils ne peuvent finalement pas diffuser à cause de leurs annonceurs, entre l'épisode consacré à la française des jeux qui montrait que les tabagistes se gardent de côté les tickets gagnants, et celui qui montrait les cuisines dégueulasses de Mac Donald.
Camille qui bossait pour cette série de tf1 était elle même assez déçue de l'audiovisuel depuis que son boss lui avait dit que l'objectif de la série était simplement que les téléspectateurs ne zappent pas pendant la publicité (sans blague). J'avais donc une partie de l'auditoire de mon côté, et j'avançais sur la question des micro-trottoirs : pourquoi donc lorsqu'il s'agit de traiter d'un sujet d'actualité, ces bouffons de journalistes n'arrivent pas à faire mieux que de descendre en bas de leur immeuble pour alpaguer n'importe quel badaud avec leur caméra et leur demander leur avis.
Thomas a craqué "Mais les micro-trott, on les fait à cause de la mégère de moins de 50 ans !! Moi aussi je préfèrerais aller voir des experts et faire des sujets de fond mais la ménagère ce qu'elle veut c'est s'identifier, se reconnaître ! La télé on la fait pour des CONS, nous on ne la regarde pas la télé, les gens intelligents ne la regardent pas !". Le mec de Claire renchérit : "C'est vrai tu ne te rends pas compte, nous on vit dans notre milieu parisien à bac + 5 et à force on oublie à quel point la plupart des gens sont cons en France". Camille dit :"Oui c'est vrai, nous on a fait des études, nos parents viennent d'un certain milieu social, ce qui nous permet d'avoir un point de vue critique sur les choses que les autres n'ont pas".
Alors c'est vrai que moi à qui il arrive encore de parler à des bac +3, et même à des bac +0 (!), ces propos m'ont quelque peu étourdie. Il faut tout de même relever comment Thomas conçoit son métier de rêve : faire de la télé qu'il ne regarde même pas lui-même, pour des hordes de mégères.
Autre chose : ils ont repris Bourdieu à leur compte, pour se légitimer en tant qu'aristocratie non pas de sang mais de fait. Bourdieu a dit : les enfants de la bourgeoisie réussissent mieux à l'école parce qu'il y a une sorte d'hérédité de l'excellence, car les parents transmettent à leurs enfants leur capital culturel. Les enfants de la bourgeoisie ont donc dit : ok donc si nous sommes les meilleurs ce n'est pas génétique mais social, ceci dit et même si c'est bien regrettable, nous sommes les meilleurs quand même.
La conversation s'est tarie, pour sauter sur les pantoufles de Claire : des pantoufles pop-art confortables, à l'effigie des collègues de sa boîte. Elle changeait de service et pour l'occasion toute l'équipe lui avait confectionné ces pantoufles customisées.
"Eh bien dis-je, finalement, il y a une bonne ambiance à France Télécom pour une boîte où on se suicide en masse !".
Et là quelque chose de très étrange se produisit : tous leurs visages se tournèrent vers moi, crispés dans un fou rire monstrueux : ha ha ha ha guenille elle est bonne celle là ha ha ha excellent ha ha ha. Alors que la maîtresse de maison me resservait un verre de vin, je réalisais toute ma condition de dominée : qui mange à la table de ses maîtres et risque de se faire dégager au moindre bon mot trop grinçant ? je suis je suis ... Stéphane Guillon

eXTReMe Tracker