Thursday, March 07, 2013

Pour une réhabilitation des sectes

Le dernier Michéa est assez mal écrit et sur le fond redondant avec ses ouvrages précédents. On sent toutefois chez lui l'exaspération et une volonté de rupture définitive avec le label "de gauche". On note l'agacement des journalistes sur France Culture, bobos dont l'obédience mélenchonienne pointe dans les questions "Mais n'y a t il pas à votre avis au front de gauche un espoir... ?". Le fait même que ces imbéciles militent pour un tel parti invite à la méfiance. De plus en plus en les écoutant je réalise l'inculture et la stupidité crasse du journaliste moyen.

Spécimen toujours en activité à ce jour

Le plaidoyer de Michéa pour un dépassement du clivage droite/gauche, argumenté avec des faits historiques; leur est inaccessible intellectuellement :

  • Ils sont incapables de lire un livre de philosophie entier, fusse-t-il de 200 pages interligne 1,5. Les journalistes constituent la caste qui a popularisé Twitter c'est-à-dire les textes de 120 caractères, tout texte de taille supérieure excède leurs capacités de concentration
  • De formation généraliste et par leur métier obligés de formuler un avis sur tout, ils sont capables de formuler un avis intelligent sur rien.
Mais il est naturel qu'ils se montrent hostiles à Michéa, qui par sa position populiste assumée leur crache irrémédiablement à la gueule. Même s'ils ne comprennent pas ce qu'il écrit, ils sentent confusément que leur groupe est attaqué et moqué.

Autre manifestation de stupidité journalistique : les critiques du dernier film de P.T. Anderson, The Master, dans Télérama :


"Attention, monument... Il y aurait donc, d'une part, le cinéma américain de série (en gros, des effets spéciaux et de la 3D), destiné aux enfants. Et puis, de l'autre, l'Art, avec un grand A, s'il vous plaît. Paul Thomas Anderson (comme son compère Terrence Malick) endosse définitivement la figure de l'artiste. Ses films sont des sommes, fabriquées pour les festivals et les oscars, dont l'ambition esthétique tient lieu de sujet : on s'étonne, ici, que chaque image ne soit pas signée à la main, en bas à droite, par le réalisateur lui-même. [...] Que nous suggère Paul Thomas Anderson d'inédit dans l'étrange séduction liant disciple et maître ? Et s'il s'agit vraiment des balbutiements de la scient ologie (auquel cas le cinéaste paraît bien indulgent avec le fondateur d'une secte pas franchement philanthropique), pourquoi ne pas la nommer ?"


 Le journaliste commence par se méprendre en confondant Anderson avec un chercheur d'oscar, là où il est bien évident que le cinéma servant aujourd'hui principalement à la propagande politique, un réalisateur opportuniste se tournerait vers des thèmes plus consensuels ou utiles au soft power américain : fin de l'esclavage aux Etats-Unis, traque d'Oussama Ben Laden, révolution iranienne...
De plus il semble difficile de se fier aujourd'hui aux critiques qui, toujours à cause de ce problème de capacité de concentration, ne sont plus capables d'apprécier un film réalisé avec goût (il leur faut du Skyfall ou du Dark Knight, bien lourd et pédago, pour qu'ils puissent suivre entre deux tweets sur iphone 4).
Autre critique intéressante de l'idiot qui me semble révélatrice : il reproche au réalisateur de ne pas avoir fait assez dans le manichéen à propos de la secte représentée qui ressemble fort à la scie ntologie. L'absence de manichééisme frontal ne doit en effet pas faciliter la compréhension du film pour un esprit laborieux.

Cette remarque m'interpelle d'ailleurs sur le traitement général (ou diabolisation) qui est fait des sectes dans les médias. Elles sont présentées soit comme extrêmement dangereuses (scientologie), soit comme extrêmement risibles (Raël). Les sectes seraient des groupes où les adeptes seraient absolument perdants, consacreraient argent et énergie en totale perte, mais seraient tenus grâce à des techniques sophistiquées de suggestion et de lavage de cerveau. Cette approche est totalement naïve : on peut supposer que les adhérents aux sectes y reçoivent tout ce que le système technico-industriel de masse ne leur offre pas : une communauté, du lien social fort, du sens existentiel, des techniques de développement personnel, voire chez les raëliens, des rapports sexuels fréquents et nombreux avec des personnes différentes.C'est toute la finesse de ce film que de montrer l'élaboration par tâtonnements d'une psychothérapie par la secte naissante. De fait, les entreprises ont parfois recours à des organismes de formation du personnel qui dérivent de la scien tologie, croit-on que les entreprises le feraient si ses techniques étaient totalement inefficaces ?
La détestation que manifestent les médias à l'encontre des sectes trouve probablement son explication du fait que les sectes forment des systèmes concurrents au système libéral-totalitaire standard. Voilà des gens qui se méfient des médias (puisque généralement leur gourou se charge de construire une paranoia vis à vis des influences extérieures), qui dépensent leur argent dans un circuit relativement fermé et défendent un système de valeur concurrent à la religion du NOM.

Pour finir on ne peut que conseiller au critique de Télérama d'aller voir Spring Breakers : des lycéennes en bikinis colorés, du cul, de la drogue, des flingues et de la violence gratuite; le tout avec la caution ciné indépendant puisqu'il s'agit d'un film d'Harmony Korine : voilà de quoi séduire l'animal borné et simple qu'est le journaliste de Télérama, avide de stimulations et d'excitations visuelles fortes.



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